Une "écriture excluante" qui "s’impose par la propagande" : 32 linguistes listent les défauts de l’écriture inclusive

marianne.net/debattons/tribune

@xakan_ Euh, j'avais presque envie de lire pour voir s'il y avait peut-être une idée intéressante à comprendre, pour me remettre en cause, comprendre d'autres points de vue mais là… Deuxième paragraphe :

«Les inclusivistes partent du postulat suivant : la langue aurait été "masculinisée" par des grammairiens durant des siècles et il faudrait donc remédier à l’"invisibilisation" de la femme dans la langue. C’est une conception inédite de l’histoire des langues supposant une langue originelle "pure" que la gent masculine aurait pervertie, comme si les langues étaient sciemment élaborées par les locuteurs.»

- non, pas par les grammairiens, par des politiques, particulièrement Richelieu. C'est très gentil de jouer la carte de «l'objectivité scientifique des linguistes», mais si on commençait par les lire, les linguistes ? Oui, la disparition des formes féminines est connue, reconnue, documentée… http://siefar.org/wp-content/uploads/2009/01/Histoire-d-autrice-AEvain.pdf C'est le premier papier que j'ai retrouvé mais de mémoire la Pre. Yaguello a écrit là-dessus aussi
- il n'y a aucun lien logique entre la proposition «les termes féminin ont été effacés pour invisibiliser les femmes dans la société» et la proposition «la langue originelle était "pure"». Non, la langue était ce qu'elle était, fruit de son évolution naturelle jusqu'à ce que des gens conscients de son pouvoir s'occupe de la «purifier» en retirant les termes qui les gênaient. Prêter des thèses imaginaires à des gens, c'est une chose, faire en sorte que ces thèses soient dérivables logiquement à partir des thèses reconnues par ces gens, c'est quand même un minimum pour que la contrefaçon soit crédible, non ?
- «la gent masculine aurait pervertie» : une fois de plus, quel est le lien entre la proposition «les termes féminin ont été effacés pour invisibiliser les femmes dans la société» et la proposition «ce sont les hommes qui ont fait le coup» ? Si le sexisme était le fait des seuls hommes, il y a bien longtemps qu'il aurait disparu. Le patriarcat est un phénomène complexe dont nous sommes tou·tes plus ou moins complices ou responsables à différents niveau. Le but de cette phrase n'est que de cliver et de désigner, pour éviter un trop long et douloureux cheminement cérébral au lectorat de l'article, les responsables : «elles ! les femmes ! ces enragées, là, qui n'aiment pas les hommes, toutes des gouines !»

Commencer par ridiculiser la thèse «adverse» (puisque pour ces gens manifestement il s'agit d'un combat, et pas d'un phénomène à étudier et *critiquer*) en affirmant quelque chose de faux et dont les réfutations sont pourtant documentées, puis en la mé-représentant, je ne sais pas ce que c'est, mais ça n'est pas du travail de journaliste. Je trouve ça malheureux de pouvoir penser qu'un tel article doit être partagé et lu par le plus grand nombre. Il y a des choses hyper intéressantes à dire, pourtant, pour et contre l'écriture inclusive, mais manifestement les auteurs (allez je suis gentille, je suppose que des femmes ont écrit ça et je mets quand même tout au masculin pour leur faire plaisir) ne sont pas là pour ça.

Bon, parti comme c'est parti, je l'ai presque pas remarqué tellement c'est énormité sur énormité mais : «s'impose par la propagande» ? Vraiment ? C'est intéressant, mais je suis tellement sotte que j'aimerais bien qu'on m'aide en me rappelant le sens de ce mot : propagande, propagande, j'ai déjà entendu ça quelque part, qu'est-ce que ça voulait dire déjà ? Ah oui, je l'avais vu en cours d'histoire, quand les pétainistes incitaient la population à collaborer. Ah oui, et puis l'affiche, là pour recruter des gens pour partir au front. Ou au STO. Hmmm… Ah oui donc on parle d'une organisation solide, centralisée, avec un but défini, comme un état ou, historiquement pour le terme, l'Église, qui fait pression sur une population. Ah oui, c'est tout à fait le cas ici, bel emploi bien justifié. C'est le gouvernement français, c'est ça, qui force la propagande inclusiviste sur la malheureuse population ? (ça y est c'est rendu un mouvement, vous le saviez pas ? si vous avez le malheur d'essayer de l'utiliser ou de vous y intéresser, vous êtes «inclusiviste») Ce serait pas étonnant, ce repère notoire de féministe qui nomment des violeurs ministres… Est-ce que finalement, par «propagande» on ne veut tout simplement pas dire ici : «gens qui ont des idées et osent les exprimer ?» Au moins le message est clair : «les pétasses, vous fermez vos gueules».

@alice Ah bah voilà, je voulais répondre mais tu exposes déjà une partie du problème.

On pourrait rajouter que l'écriture inclusive n'est pas un bloc monolithique mais plus un ensemble de pratiques disparates et pas unanimement partagées mais qui recouvre un même objectif.

Par exemple dedans, il y a le *retour* de l'accord de proximités qui a été effacé par l'AC au profit du masculin générique et enseigné à tous les enfants à partir du XIXe siècle.
@xakan_

@alice @xakan_ On pourrait aussi pointer la contradiction entre affirmer que la langue appartient à tout le monde et dénoncer que l'écriture inclusive « s’impose par la propagande ». Un usage s'impose par l'usage. Point. Y'a pas aucune méthode plus légitime qu'une autre pour imposer un usage. C'est le fruit d'un rapport de force, donc d'un processus politique.

Ou alors on considère aussi qu'enseigne au collège que la masculin l'emporte sur le féminin est aussi une propagande.

@AugierLe42e l'école est pas là pour faire passer une idéologie, mais pour t'apprendre des règles établies. C'est clairement pas son rôle. La règle c'est "le masculin l'emporte sur le féminin", que tu sois d'accord avec cette règle ou non, c'est le rôle de l'école de te l'apprendre.

@alice

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@xakan_ Oui, mais… Qui établit les règles ? Ça, c'est une question politique. Tout aussi politique que de rediscuter et remettre en question les règles. Moi, par exemple, j'ai décidé d'utiliser l'accord de proximité comme règle d'accord plutôt que le masculin générique. Et j'ai décidé de systématiquement accorder avec auxiliaire avoir. Ça me simplifie la vie.

Mais si demain ces choix individuels deviennent l'usage commun, on fait quoi ?
@alice

· · Fedilab · 1 · 1 · 0

@AugierLe42e la langue évolue, je suis d'accord. Mais il y a une académie pour les règles, et ça reste le rôle de l'école. C'est tout. Y a rien de plus.

Le jour où ce sera l'usage commun malgré les règles différentes, les règles devront évoluer, et à ce moment-là ce sera le rôle de les enseigner.

@alice

@xakan_ Y'a u'e académie en France. Pas au Québec. Pas dans les pays francophones d'Afrique. Pas en Belgique.

Par ailleurs, l'académie n'arrête pas d'éditer des règles à la con (par exemple « au temps pour moi » qui n'a… aucune explication : m.youtube.com/watch?v=zxc7GQ4H) ou des règles que personne ne suit (qui utilise la passé composé ou le subjonctif avec « après que » ?

Que tu l'apprécies ou pas, l'usage prévôt. Pas l'académie.

@alice

@xakan_ Si tout le monde utilise le point médian… Bah tout le monde utilise le point médian. Peu importe la position de l'académie sur le sujet…

(Par ailleurs, y'a 0 linguiste à l'académie, donc point de vue légitimité… 🙄)
@alice

@AugierLe42e alors pour le "après que", je dirais que moi je l’applique la règle.

Je comprends pas le problème du "Au temps pour moi", je veux dire "Autant" n'a pas davantage de sens dans ce cas.

Et pour le reste, je ne te rejoins pas, mais tout le monde n'a pas à se joindre à mes idées.

Par contre, personnellement, je ne suis pas dys, et le point médian me complexifie énormément la lecture (j'ai d'autres soucis, mais osef).

@alice

@xakan_ Nan mais après, moi je veux bien qu'on discute du point médian. J'ai pas d'avis spécifique sur le sujet. Juste, tant qu'on le fait pas avec des arguments pétés comme dans cet article et des positions à géométrie variable sur les complexités de lecture et d'écriture. Si on me prouve que ça aggrave les problèmes des dys avec une expérience scientifique bien menée, je veux bien.

@alice

@xakan_ Mais dans ce cas, on choisi pas les subtilités qu'on garde et celles qu'on élimine. On vire tout ou on accepte qu'en fait, on s'en fout des dys et c'est qu'un prétexte.

@alice

@xakan_ Danc ces conversation, je conseille toujours ardemment la lecture de :

CANDEA, Maria et VÉRON, Laélia, 2019. Le français est à nous ! : petit manuel d’émancipation linguistique. ISBN 978-2-348-04187-7.

VIENNOT, Eliane, 2014. Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! : petite histoire des résistances de la langue française. Donnemarie-Dontilly : Ed. IXe. ISBN 979-10-90062-20-7.

Ça permet de penser par soi-même, un peu. Et c'est agréable à lire.

@AugierLe42e @alice

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